Suivez le Sacré Trail à la trace !
janvier 3, 2011 dans Histoire et Patrimoine
Au sommet de Parménie
La course débute sur la « colline sacrée » de Parménie qui vit passer hommes préhistoriques ou légions romaines qui exploitèrent son aspect stratégique : une formidable tour de guet ouvrant la vue loin à la ronde. Des vestiges sont d’ailleurs encore visibles, remparts, murs ou citerne. Un culte druidique – dont il reste une énigmatique « pierre pucelle » – aurait aussi été pratiqué ici.
Depuis l’inondation catastrophique de Grenoble (en 1219), cette petite colline expiatrice est devenue sacrée et des foules immenses gravirent ses pentes par divers sentiers malaisés vers l’ermitage et un légendaire trésor caché. En courant, ouvrez l’oeil ! Un périple qui donnera naissance à la foire de Beaucroissant, une des plus anciennes foires de France.
En 1252, le prieuré de Parmeigne est sous la coupe de l’évêque de Grenoble qui y place des Chartreusines contre un loyer annuel de quatre fromages. Monseigneur leur fournit pour subsister du pain et du vin, et il les dote de deux paires de boeufs, de moutons, de deux charrues et du blé de semence. A l’ouvrage dans ces bois infestés de loups ! Bon prince, l’évêque rajoute en prime sept essaims d’abeilles.
Au début du 19e siècle, sous le grand étendard blanc d’une curieuse « Sainte Trinité » d’escrocs, les pèlerins naïfs se voyaient promettre ici d’échapper à la fin imminente du monde et de gagner le paradis (et les hommes une « éternelle verdeur ») contre monnaie sonnante. C’est de nos jours un sommet paisible (propriété privée) ; en le gravissant dans la pente finale du retour, pensons à ce sage proverbe: « Plus rude est la montée, plus grande est la joie du sommet ! »
Saint-Paul d’Izeaux
Après avoir laissé la Croix de Saint-Adam (où est Ève ?) la colline d’en face vous révèle ce paisible village rural à l’écart des routes. Il faut juste dompter la Ravageuse, ruisseau plus calme que ne l’indique son nom. Peut-être reviendrez-vous voir les fresques de l’église ou la borne milliaire romaine (qui sert de pied de bénitier) gravée à la gloire de l’empereur César et marquant les distance en milles sur l’ancienne voie romaine ; vous apprécierez la grande fontaine centrale ou un plus discret bassin armé d’une antique pompe à bras. Remède aux coups de pompe ? Les vaches vous regardent passer avec une sérénité frisant l’insolence.


photo : Comment franchir la Ravageuse – Un coup de pompe… à bras
Plan : le Camp de César
A quelques encablures du village de Plan, vous mettez le cap sur le fameux Camp de César, un vaste oppidum gaulois érigé sur un sommet et protégé par un fossé. Placé au milieu de collines élevées, près du bord oriental des reliefs molassiques qui séparent la vallée de l’Isère de la plaine de la Bièvre, il servait de poste de surveillance et de refuge aux
Gaulois, face aux légions romaines. Par Toutatis ! C’est un site archéologique reconnu et un point culminant d’où la vue est imprenable. Mais il faut lever le camp pour la prochaine étape…
photo : « Ave Cesar, curituri te salutant » (Salut Cesar, ceux qui vont courir te saluent).
La Forteresse et les pays de St-Geoirs
Tout n’est pas résumé dans ce nom de La Forteresse qui ne fait plus peur depuis longtemps aux « assaillants » de tout poil. La forteresse est (aisément ?) prenable, comme l’église Saint-Pierre aux Liens de style néo-roman, perchée sur son monticule. Les habitants se nomment Fortariots.
St-Michel-de-St-Geoirs et les voisins St-Geoirs et St-Etienne-de-St-Geoirs vous permettent d’évoquer trois saints en un, une triple protection qui vous sera bien utile à la moitié du parcours. Les Révolutionnaires de 1789, prévoyant votre irruption, avait rebaptisé la région stéphanoise du nom de Marathon. Les champs de noyers vous guident vers Bramafan (en patois « qui hurle à la faim »… donc le ravito n’est pas loin, notamment celui de « Chez Trois Gros »), puis vers les Arêtes. Les plus perspicaces auront deviné que ça monte encore…
Les crêtes de Toutes-Aures à Lachard
Ouf, le sommet ! La ligne de crêtes vous fait traverser successivement les territoires des petites communes de Serre-Nerpol, Quincieu, Vatilieu ou Cras. C’est un lieu de migration saisonnière des oiseaux volant vers l’Afrique (et des trailers voguant vers l’arrivée). La croix de Genevey, la croix du Fau… cet ancien chemin de procession est jalonné de croix jusqu’au col de Lachard. Vous aussi, vous portez votre croix ? Vous passerez sur les terres du président de CMI qui pourrait installer un péage… A votre bon coeur !
Le col Lachard – passage venté qui voyait s’amasser plusieurs mètres de neige aux hivers d’antan – vous ramène vers Champ Floux, sur un coteau bien exposé de Quincieu, qui aurait abrité une grande villa romaine. Ils sont partout, ces Romains !
photos : La crête de Toutes-Aures, 100 ans avant vous – Seuls sur le chemin

Les Hauts de Montferrier et Châtain
Montferrier, terre de silence et de solitude que repeuplent quelques maisons cachées dans la colline. Au Moyen-Âge, c’était un mandement puissant et un fortin de pierre veillait tout en haut de la contrée. Il ne reste de ce fief protestant que des tas épars de pierres rondes : le château a été détruit depuis les guerres de religion et jamais restauré. On en devine les douves dans quelques fossés envahis par les arbres où gambadent deux lamas, derniers seigneurs de la citadelle. Par la descente des Mondalines (site de… tir à l’arc sur cibles), vous gagnez le col de Châtain.
La « cabane à Charlot » à l’orée du bois, l’endroit idéal pour une pause pique-nique (pour spectateurs et supporters uniquement) sous les chênes, avec vue sur le massif du Vercors. Quel panorama sur Morette, la vallée de l’Isère, le massif du Vercors, la Chartreuse et Belledonne ! Ici commence, pour les mollets fatigués, le temps des « montagnes russes » du retour. Flaque de boue sur commande pour faire de belles photos « couleur trail ».
photo : Col de Châtain : « J’y vais ou j’y vais pas ? » Dans la boue… et le séchoir à Morette, au pied des sept collines.
Morette aux sept collines
Vous dominez sans le traverser le charmant village de Morette dont les maisons se blottissent aux pieds de sept collines, digne émule miniature de la Rome antique. Ici, pas de César. La modestie chaleureuse de la campagne remplace la pompeuse grandeur des palais : fermes en pisé et séchoirs en châtaigniers où languissent au vent des noix, des pommes ou du maïs. Le clocher de l’église (chapelle ornée de fresques) veille sur une tradition locale : la fête des fours célébrée en fin d’été, quand les fourniers cuisent des pains, tartes et gâteaux.
Laissez-vous conter l’histoire de figures locales. Comme Yves Farge, résistant qui trouva refuge ici sous le pseudonyme de Pétrequin, artiste peintre, et mena des actions courageuses qui lui valurent d’être nommé compagnon de la Libération par le Général de Gaulle puis de devenir ministre. Ou Joseph Garavel, d’une lignée de cultivateurs, qui sera élu député en 1946 à la première Assemblée Nationale.
Marsonnat et le Clos des Chartreux
Après la colline de Marsonnat (« Himalaya local » qui toise la région du haut de ses 784m d’altitude), le sombre Bois du Four – paradis des chevreuils et des sangliers – et le col de Parménie, vous passez brièvement – mais vue la pente vous aurez le temps de voir – tout au sommet de cet ancien domaine viticole des moines de la Sylve Bénite en l’an 1116, au flanc de la colline de Parménie. Le bas du domaine est aujourd’hui un parc municipal de plusieurs hectares, vaste havre de calme et de verdure en plein centre-ville de Tullins, planté d’arbres exotiques centenaires répertoriés et rafraîchi d’un lac et d’un ruisseau. Il abrite la mairie de Tullins, immense bâtisse de style baroque italien en vogue sous le Second Empire, qui servit de demeure au génial inventeur et bienfaiteur de la ville, Michel Perret.
La flore y est riche et diversifiée : ici poussent le rare lis martagon, l’odorant ail des ours, les somptueuses orchidées sauvages, l’immense digitale à grandes fleurs, la discrète pervenche, l’envahissant millepertuis… Un paradis végétal à découvrir en redescendant, après la course.



